Est-ce qu'on va les faire ou pas? Disons que c'est complexe. Une seule fois dans les expansions récentes un club a réussi a les faires l'année ou il a joint la ligue. C'est arrivé en 2009 quand les Sounders de Seattle ont récolté 47 points dans une saison de 30 matchs pour terminer au 3e rang sur 8 dans la section ouest. Alors est-ce que l'Impact a ce qu'il faut pour atteindre ce but?

Pour commencer, voyons les conditions requises pour faire les séries. L'an passé dans une saison de 34 matchs le moins bon club à faire les séries fut le New York Red Bull. Ils ont atteint l'après-saison avec une fiche de 13 victoires, 7 défaites et 6 nulles pour 46 points. Si on regarde l'Impact et les autres clubs qui luttent pour la 5e place, on peut voir que ça sera serré pour déterminer le gagnant.

La lutte se fait pour les places 3 a 7. D'emblée on peut oublier Kansas City et New York qui sont trop en retard. Pareil pour Philadelphie, Toronto et Nouvelle-Angleterre qui sont beaucoup trop loin derrière. Ça laisse donc dans le portrait Houston (42 points en 26 matchs), Chicago (41 points en 25 matchs), DC United (41 points en 26 matchs) , Montréal (39 points en 28 matchs), et Columbus (39 points en 25 matchs).

Tout de suite on peut voir que cette saison le club qui veut terminer 5e devra amasser plus de 46 points au classement. Cet objectif est trop facilement atteignable pour trop de clubs. La ligne risque plus d'être dans la cinquantaine de points. Admettons que les autres clubs jouent de façon correcte et aillent chercher la moitié des points qui sont leur porté d'ici la fin de la saison ça donnerait au final ceci: Hou 54p, Chi 54p, DC 53p, Clb 52 p. Les clubs qui a avaient 8 matchs à jouer ont reçu 12 points sur 24 et ceux qui en avaient 9 en ont eu 13 sur 28. Ça veut dire que pour avoir une réelle chance de participer aux séries l'Impact doit se rendre à 54 points.

Montréal à 6 matchs à jouer et doit donc amasser 15 points pour avoir une bonne chance de passer à l'autre tour. Tout ça sur une possibilité de 18 points. Ça veut dire qu'il faut aller chercher 5 victoires. En partant, il faudra gagner les 2 matchs qui restent à domicile. Contre la Nouvelle-Angleterre ça devrait aller, mais contre Kansas City ça ne sera pas simple. Par la suite il faut en gagner 3 sur 4 à l'étranger. C'est là que ça se complique. La fiche de la troupe de Jesse Marsch cette saison à l'extérieur est de 2 victoires, 10 défaites et 1 nulle. Le dernier match sur la route contre Toronto est prenable. Par contre aller à Columbus, Chicago ou bien Houston et repartir avec 3 points ça relève quasiment du miracle. Le Dynamo n'a jamais perdu a domicile, DC a perdu 1 fois et Chicago 2 fois.

Sérieusement, pour que l'Impact fasse les séries il va falloir de l'aide d'en haut. Personnellement je serais prêt à bien des sacrifices pour aider mon club. J'ai pensé me tourner vers l'Islam et me faire derviche tourneur, mais il semble que ce n’est pas comme ça que sa marche. Je pourrais me tourner vers le Bouddhisme puis brûler de l'encens avec une bière et un bol de chips en offrande, ou aller vers un culte païen et faire un sacrifice un soir de pleine lune. Ultimement je préfère rester sur un terrain connu alors j'envisage de faire un chemin de croix. Je pourrais faire la première des 14 stations au Centre Claude Robillard puis la dernière au Stade Saputo. Entre les deux ça ne devrait pas être trop complexe de trouver 12 églises pour faire 14 stations au total.

Le problème avec l'aide divine c'est que la plupart du temps ça ne marche pas. Le mieux c'est souvent de se tourner vers son adversaire. Sauf qu'il y a un prix a payer. Juste comme ça, si on vous offrait de faire les séries cette année au prix d'une séquence à la Toronto FC, c'est a dire 6 ans sans les faire par la suite, vous accepteriez? Moi je ne suis pas certain que je signerais.

Pour terminer, il y a deux sujets que je souhaite aborder. Le premier concerne l'Impact et les séries. Ça fait quelques fois que je lis ou que j'entends des gens qui avancent que le club rate cet objectif à cause de la période où Patrice Bernier n'a pas joué en début de saison. Personnellement je crois que c'est malhonnête. Est-ce que Bernier est un joueur important? Absolument. Est-ce que l'apport de Bernier a changé le visage du club au moment ou il a retrouvé le terrain? Tout à fait.

Malgré tout le tournant dans la saison de l'Impact ce n'est pas le retour de Bernier, mais plutôt l'utilisation de 3 milieux de terrains dans l'axe. Ça adonne juste que les deux évènements ont eu lieu en même temps et pour certain ça porte a confusion. Autre chose pour appuyer mes dires, avec Patrice Bernier dans un 4-4-2 au début de la saison la fiche de Montréal est de 1 victoire, 3 défaites et 1 nulle, sans Bernier dans un 4-4-2 la fiche est de 2 victoires, 2 défaites et 2 nulles (+match NY mois de mai). Avec de tels chiffres, il est impossible de dire que c'est son absence qui nous a fait le plus tort cette saison. Il faut selon moi plutôt regarder du côté des buts encaissés en fin de match, ou sur coup de pied arrêté. Sinon il faut voir du côté des boulettes de Donovan Ricketts ou du fait qu'on a perdu des points avec l'avantage d'un homme.

Abordons un dernier point maintenant, évidemment ça concerne l'Impact cette fois encore. Parlons du prix des billets de saison cette fois. Je regarde l'Impact et sa politique de billets et ce que je vois c'est quelqu'un qui essaie de régler la quadrature du cercle en dansant un set carré. Tout commence avec le tweet de Joey Saputo qui annonce une réduction de 15% du prix des abonnements. À la base c'est génial, tout le monde aime un rabais. Pourtant quand on regarde de plus près la situation est beaucoup plus nuancée.

Mattias Van Halst du site Impact Soccer à compilé un tableau avec le prix des abonnements pour cette année et l'an prochain, voici le lien pour le voir http://www.impactsoccer.com/news.php?id=1571 . En gros ce que ça montre c'est que la plupart des rabais sont dus au fait que les billets qui étaient plus chers auparavant parce qu'ils étaient sous le toit ne subiront plus de surcharge. Dans ces cas-là, les prix baissent entre 9 et 46%. Par contre pour les autres la situation est différente. À part la 131 qui jouxte la section dédiée aux Ultras et qui obtient une baisse de 18% suite à un changement de statut il n'y a personne d'autre qui subit vraiment une baisse de 15%. Il y a 5 sections qui ont une baisse d'un peu plus de 9%, les autres subissent des hausses de 5 à 40%.

À ce niveau je suis bien conscient que le club fait ce qu'il veut. Mais il reste que je me pose tout de même deux questions. Étant donné que les billets sous les toits étaient plus chers et que probablement plus de gens ont acheté des billets dans le bas des sections pour avoir des meilleurs prix, combien d'abonnés ont réellement droit à une baisse de prix? L'autre question concerne les sections des supporters, dans un contexte où l'Impact et la MLS se servent abondamment des supporters et de l'ambiance qu'ils amènent pour vendre leur produit, en quoi est-ce pertinent de monter le prix des billets où ils se situent? Dans le cas des UM02 et de la section 132, l'augmentation est de 18%. Pour ramener ça à quelque chose de plus concret, disons que c'est comme si l'essence passait de 1,40$ le litre à 1,65$ le litre. Dans le cas de l'autre groupe de supporters, 127 Montréal qui est dans la section 127, l'augmentation est de 35,7%. Si on prend le même exemple avec l'essence c'est comme si le prix à la pompe passait à 1,90$ le litre. Dans les sections de supporters le nerf de la guerre c'est le recrutement. Le principe c'est que plus il y a de monde, meilleure est l'ambiance. Dans le cas des UM02, le statut du groupe et le fait que les billets soient les moins chers du stade Aude assurément. Par contre pour la 127 cette hausse est tragique et ne cadre pas du tout avec le message du club qui affirmait vouloir aider le groupe à grandir. 

Ce qui est frustrant ce n’est pas le fait qu'il y ait augmentation. Ce genre de chose arrive. Par contre quand le président se pète les bretelles et parle d'une baisse de 15% et que sur une facture on voit plutôt une hausse il y a de quoi se poser des questions. Surtout quand cette hausse est au-dessus de 10%. Dans mon cas personnel, la hausse est de 18%. On va s'entendre sur une chose, pour que mon salaire monte de 18% ça va prendre environ 9 ans. Là-dessus je peux me compter chanceux parce que j'ai de très bonnes conditions.

Encore une fois avec l’Impact et le prix des billets il y a définitivement lieu de se poser des questions. D’un côté au niveau général le club a l’air respectueux et pro actif en annonçant des baisses de prix. Le tweet de monsieur Saputo a eu des échos partout à travers la ligue. Par contre au niveau des individus qui sont au Stade Saputo à tous les matchs c’est toute autre chose. L’Impact a regardé la forêt, mais n’a pas idée des arbres qui la composent.

 
 
En tant qu'équipe d'expansion, l'Impact de Montréal pourra probablement se permettre une ou deux saisons difficiles au niveau sportif avant d'avoir des comptes a rendre. En dehors du terrain la situation sera différente. La dernière saison en NASL est à peine terminée que déjà le club a beaucoup d'obstacles sur son chemin afin de faites des premières saisons en MLS un succès retentissant. Il y a trois points majeurs que l'Impact doit surveiller en premier lieu, la situation du Stade Saputo, la vente des billets et la diffusion de ses matchs.

Le Stade Saputo est probablement le moins controversé des édifices à vocation sportive du Québec (avec le Stade de tennis du Parc Jarry). Il n'y a pas de problème de taxes comme au centre Bell, pas de compromis à faire avec un établissement d'enseignement ou avec des groupes environnementaux comme au Stade Percival Molson, pas de chamaillerie politique comme au futur amphithéâtre de Québec et il n'est pas vu comme une brebis galeuse par la population comme c'est le cas avec le Stade Olympique. En plus avec sa construction originalement payée par le privé c'est un exemple à suivre (que personne ne semble vouloir suivre). Tout n'est pas rose pour autant. La construction a déjà pris du retard et l'on prévoit maintenant qu'il ne sera pas prêt avant le mois de juin. En plus, la cause de ce retard est le non-respect des couts imposé par l'organisation. Il est donc essentiel que le club soit très attentif à tout ce qui se passera au niveau de la construction, les dépassements de couts ne sont pas des inconnus aux Québec, même chose pour ce qui est des retards.

Le club a annoncé avoir déjà vendu 5000 abonnements 6 mois avant le début de la saison. C'est un beau chiffre et je crois que le club devrait être capable de s'approcher de son objectif de 15 000. Par contre, j'espère qu'on ne jouera pas trop longtemps au Stade Olympique. Personnellement, je n'ai rien contre, mais je crois bien faire figure d'exception. Le problème avec le fait de jouer sous le toit c'est qu'il y aura probablement moins de billets à l'unité vendus les jours de matchs. De plus, les détenteurs d’abonnements seront peut-être moins tentés d'assister au match s'il fait beau. Le vrai défi de l'Impact il est plus à ce niveau là selon moi, s'assurer que les gens qui ont des billets sont bel et bien au Stade. Il faut à tout prix éviter ce qu'on voyait en NASL, c'est-à-dire une assistance annoncée au dessus de 11 000 ou 12 000 spectateurs combiné à des gradins dégarnis. Pour les deux ou trois premières saisons ça ne devrait pas trop arriver, mais après ça j'imagine que ça va dépendre de ce qui va y avoir sur le terrain.

L'autre chose qu'il faudra surveiller attentivement c'est le prix des billets. Ils sont relativement abordables aujourd'hui, mais si l'on regarde à Toronto on peut voir qu'une hausse de prix est toujours possible. C'est normal que les prix montent un peu de temps à autre, mais il faut faire attention, car la ligne entre ce qui est raisonnable et ce qui est exagéré est très fine. Une fois que le club aura une saison derrière la cravate il faut être prêt, car une évaluation du budget aura lieu et le prix des billets étant une composante importante des revenus du club il faut s'attendre à un ajustement.

Finalement, l'Impact devra aussi trouver un moyen de se faire voir à la télé par le plus de monde possible. Avec le contrat de la MLS qui prévoit une dizaine de matchs de Montréal sur les ondes de RDS et celui avec TVA Sport qui couvre le reste, le club semble en voiture. Pourtant tout n'est pas aussi simple. Le soccer ne sera probablement pas la priorité du Réseau des Sports et il ne faudrait pas être surpris de retrouver l'Impact en grande partie sur les ondes de son nouveau canal, RDS2. TVA Sport de son côté continue d'avoir des problèmes à mettre sa grille dans les offres des distributeurs. Alors qu'on croyait que le club avait réglé le problème de diffusion, il risque plutôt de se retrouver sur deux chaines qui n'ont même pas six mois d'existence ensemble et qui sont pour le moment très peu distribuées. L'organisation montréalaise ne peut pas faire grand-chose sinon qu'espérer que les gens ordinaires demandent de voir les matchs aux distributeurs et au réseau.

Même si le club de la métropole n'est techniquement pas un nouveau club, il reste que devant lui les obstacles qui l'attendent sont les mêmes que n'importe quel club d'expansion. Autant que la construction du club sur le terrain, tout ce qui entoure l'organisation peut transformer un beau rêve en un cauchemar. Le travail à accomplir est colossal et il ne se termine jamais. De plus une victoire peut rapidement se transformer en défaite. Finalement ce n’est pas si différent de ce qui peut arriver sur le terrain.