Le soccer a pris une grande place dans les médias à date cet été et c’est en grande partie à cause de l’Impact de Montréal. Cette saison inaugurale a attiré l’attention des journalistes et des fans. Si on y ajoute l’Euro 2012 qui a eu beaucoup de résonnance ici et la médaille de bronze de l’équipe nationale féminine aux Jeux olympiques de Londres, on peut dire que tous les amateurs ont été choyés au niveau de la couverture de notre sport favori. Dans toute cette frénésie, il reste tout de même un parent pauvre dans le soccer d’ici, la PLSQ.

La Première ligue de soccer du Québec en est à sa toute première saison. Elle regroupe 5 clubs, soit le St-Léonard FC, le FC L’Assomption, l’AS Blainville, le FC Brossard et le FC Boisbriand. Cette ligue retient peu l’attention pourtant il s’y passe de belles choses. D’un côté on y retrouve des vétérans, pour la plupart des anciens de l’Impact, il y a quelques étrangers, de l’autre il y a aussi des anciens de l’Académie de l’Impact qui n’ont pas percés et des jeunes prometteurs. Chacun de ces clubs a un certain rayonnement au niveau local, mais pour une ligue qui est projet plus provincial ce n’est pas assez.

Il ne faut pas se leurrer, quand la plus longue distance entre tes clubs est de 55km c’est difficile d’aspirer à une couverture au niveau provincial. La ligue est née avec quelques difficultés et le désistement à la dernière minute du club de l’Outaouais lui a coûté cher au niveau de la couverture médiatique. Les 5 clubs qui restent sont tous autour de la ville de Montréal et se retrouvent à être un tout petit joueur au niveau sportif dans la métropole. Vis a vis l’Impact la PLSQ ne fait pas le poids. Puis il y a beaucoup d’autres sports à Montréal qui prennent déjà pas mal toute la place. Ce qu’il manque c’est des marchés comme celui de Hull, qui ont une certaine ampleur, qui sont indépendants de Montréal. Si en plus ses marchés ont un journal d’importance qui paraît tous les jours, ça ajoute à la valeur du club. C’est dans cette optique qu’un club à Hull est très important. Dans le même ordre d’idée, un club a Sherbrooke, Trois-Rivières ou Québec serait une bonne option. Chacun de ces marchés compte sur un journal quotidien local. Un club de soccer y aurait nécessairement bonne presse et permettrait à notre sport de rejoindre plus de gens encore.

Si on regarde ce qu’on a cette saison, on peut voir que le club de St-Léonard est, sur papier, le plus fort. Avec 6 anciens de l’Impact (Sandro Grande, Hicham Aaboubou, Simon Gatti, Elkana Mayard, Massimo Di Ioia et Rocco Placentino) et plusieurs autres noms connus, la troupe d’Andrea DiPietrantonio pourrait probablement tirer son épingle du jeu en NASL. Malgré le fait qu’ils soient en première place, ils n’ont pas dominé autant qu’on serait en droit de s’y attendre. Derrière la lutte est très serrée. L’écart entre le 2e et le 5e est de 4 points seulement. Il est difficile de vraiment voir ce qui va se passer dans le reste de la saison. En attendant, je ne peux que vous encourager à suivre ce qui se passe dans cette ligue, c’est en bonne partie là que l’avenir du soccer québécois se joue.

 
 
Avec la montée de l'Impact en MLS on assiste en quelque sorte à un nouveau départ. C'est dans cette optique que je crois qu'il est important de ne pas oublier que ce club à un passé et que j'ai décidé de vous présenter d'ici le début de la prochaine saison des entrevues avec quelques anciens du club. Pour continuer la série, j'ai échangé avec Sandro Grande.


La première partie: http://tinyurl.com/bugc38x



O S: En 2007 tu as eu des problèmes de genoux et tu as choisis de revenir à Montréal pendant la saison 2008, est-ce que tu crois que tu serais revenu quand même s'il n'y avait pas eu l’aventure en Ligue des Champions de la Concacaf?

S G: Moi je ne suis pas revenu pour ça, ça faisait quasiment un an et demi que je n’avais pas joué, je pesais autour de 173 livres, alors que j'aurais du peser 162. Les gens regardaient les matchs et se disaient "ce n’est pas le même Sandro" mais ce n’est pas du hockey, Sidney Crosby il a raté presque un an, il revient et rentre sur la glace et marque 2 buts et fait 2 passes. Au soccer ce n’est pas comparable, si tu prends Lionel Messi et demain matin il se casse un genou, il revient après huit mois et il va avoir de la difficulté. Quand je suis revenu au jeu, je me suis dit que je commencerais à Montréal parce que j'avais besoin de jouer des matchs. J'aurais voulu retourner en Europe, mais les clubs là bas ne me parlaient que de mes blessures. Alors je suis allé jouer 6 mois à Montréal, pour me remettre en forme et perdre du poids.

Au départ avec le staff technique on parlait de me faire jouer 20 minutes par match pendant quelques matchs puis de me faire jouer en match amical  et ensuite de jouer à temps plein. Mais au deuxième match je jouais déjà 90 minutes. Ca a quand même bien été, j'étais surpris de ma forme physique, mais les prises de décisions et toutes ces choses-là j'étais une demi-seconde trop tard. La qualité était pas encore là. Mais malgré tout j'ai bien aimé ça et j'ai bien joué en Ligue des Champions et on a réussi à faire quelque chose que personne n’avait fait avant. Personne n’avait même rêvé qu'on réussirait ça, on se faisait dire que ça serait trop difficile. Après ça j'aurais dû ne pas retourner à Montréal, j'aurais dû tenter ma chance de nouveau en Europe. Sauf que c'est Montréal, c'est mon équipe, c'est dans mon coeur, je crois que les partisans aussi m'aimaient beaucoup et à ce moment-là j'étais prêt pour signer un contrat à vie avec Montréal. Au mois de février ça c'est bien passé avec le match à Montréal, de voir toute la ville au Stade Olympique et de voir du vrai soccer à Montréal c'était quelque chose de très spécial.

Pour le match retour contre Santos Laguna la foule était vraiment pompée, on sentait à la mi-temps qu'ils voulaient retourner chez eux, mais en deuxième mi-temps où ils ont marqué les trois buts on sentait que c'était l'enfer dans le stade, ça brassait pas mal et je crois que certains de nos joueurs étaient pas prêt pour ça. Moi ça allait j'ai vécu ça en Italie et même en Norvège, mais il y avait des gars, spécialement une couple de gars américains qui jouaient avec nous autres tu le voyais dans leur visage qu'ils n'étaient pas capables de tenir le pas et puis ils avaient peur, ils avaient peur de gagner le match.

O S: Donc ça serait un manque d'expérience qui vous aurait couté ce match-là?

S G: Ah oui, c'est sur.

O S: En 2009 ça a mal commencé avec la défaite en Ligue des Champions puis une blessure, un changement de coach et finalement au moment où tout commençait à se replacer sur le terrain il y a eu l'incident avec Mauro Biello à Rochester qui a amené à ton congédiement, j'imagine qu'émotionnellement ça n’a pas dû être très facile comme saison?

S G: Ah non, ça a peut être été la pire année de ma vie. Ça a commencé comme la meilleure avec le match contre Santos Laguna mais au deuxième match c'était déjà fini. C'est vraiment triste, ce qui c'est passé avec Mauro ici à Montréal tout le monde le sait, une semaine après que ça soit sorti le club a dit que c'était mauvais pour leur image, mais au même moment la même chose est arrivée en Suisse dans la première division. Là bas le coach il est allé voir les journalistes et il a dit que les deux gars se sont excusés et que ça arrive dans le soccer, qu'ils allaient être mis à l'amende et c'est tout. Ici à Montréal le club a pris une décision, je crois, très rapidement a laquelle ils n'ont pas bien pensé. Pour moi ça a été très difficile, après l'incident et mon congédiement j'ai eu beaucoup de misère dans ma vie personnelle. J'ai été chanceux que ma famille soit la pour m'aider a m'en remettre. 30min a voir après

O S: Ensuite tu tes retrouvé en Lituanie, comment c'est arrivé?

S G: J'avais envoyé des e-mails à différents agents partout dans le monde. Il y a un agent russe qui m'a contacté et qui m'a dit qu'il aurait peut être quelque chose pour moi en Europe de l'Est, je lui aie envoyé des vidéos puis j'ai signé le contrat tout de suite avec FK Sudava. Quand je suis arrivé là bas j'étais vraiment en forme et mentalement ça allait bien, dans l'équipe il y avait des bons gars et le système de jeu m'allait bien. Pour moi ça a bien été jusqu'à la fin.

O S: Tu avais un jeune enfant à ce moment-là, au niveau familial ça ne devait pas être évident de se retrouver en Lituanie?

S G: À ce moment-là je suis parti tout seul, ma femme et ma fille sont venues pendant deux mois durant l'été. Ma femme elle travaillait ici, la réalité c'est que quand tu vas jouer en Lituanie tu ne vas pas faire beaucoup d'argent. On n’avait pas le choix de rester moi là-bas et ma femme ici. Au niveau du contrat ce n’était pas très très bon, mais je l'ai fait pour voir si j'étais capable de jouer à un certain niveau. L'agent que j'avais là-bas me disait que si je faisais bien il essayerait de m'amener dans un autre pays. C'était ça le plan et j'ai tout fait pour que ça réussisse, mon agent était positif, il pensait vraiment que j'allais avoir un contrat dans un pays plus grand avec plus d'argent. Il y a eu de l'intérêt, mais à la fin il ne ces rien passé et c'était toujours à cause que j'avais 33 ans.

O S: Maintenant que c'est terminé est-ce que tu regrettes un peu ou bien quand tu regardes ta carrière tu es satisfait?

S G: Regretter? Non jamais, je pense qu'il y a beaucoup de joueurs à Montréal, du Canada ou même en Amérique du Nord qui auraient voulu faire ce que j'ai fait. J'ai eu une grosse carrière, c'est sûr que des fois j'ai pris de mauvaises décisions. La première c'est quand j'étais à Brescia. J'avais le choix entre rester ou aller en prêt. J'aurais pu rester là bas et continuer de m'entrainer, mais c'était difficile, on était plus de 30 joueurs, sauf que moi je voulais vraiment jouer. Dès que je suis parti de là, c'était fini pour moi d'avoir la chance de jouer en première division. Si j’étais resté, ça aurait peut-être été différent. Quand j'étais là bas je vivais avec Andrea Caracciolo qui est maintenant attaquant avec Genoa. À ce moment là on était tous les deux dans la même situation avec Brescia, sauf que lui il est resté et maintenant il en est à dix ou douze saisons en première division. Lui aussi il voulait partir, mais il n'avait pas d'offres, moi j'en avais. Contrairement à lui j'avais beaucoup joué avant. Sauf qu'aujourd'hui il est encore en Seria A et il gagne beaucoup d'argent. Moi je n’ai pas fait beaucoup d'argent, mais ce n’est pas important. C'est vraiment l'expérience qui compte. De toute façon je ne suis pas pauvre non plus, même si je ne suis pas riche. Puis dans quelque chose que tu aimes comme moi j'aime le soccer ce n’est pas important.

O S: Aujourd'hui au Québec quand on regarde un peu on voit qu'il y a beaucoup d'anciens joueurs qui se sont impliqués dans le coaching, est-ce que tu penses que c'est bon pour le soccer dans la province?

S G: Ah oui, c'est sur. C'est sur, sauf que j'ai une chose à dire là-dessus. Oui, c'est vraiment important que les anciens joueurs s'impliquent et qu'ils puissent faire rêver un peu les jeunes, mais il faut aussi le faire comme il faut. Il ne faut pas que tu sois juste un nom avec un curriculum vitae et que tu ne travailles pas. Il faut que tu te serves de ton bagage, mais il faut aussi y mettre le travail. Il faut que tu sois là et que tu te sacrifies un peu pour les jeunes. Moi avec mon club dans les derniers six mois je me suis impliqué à fond. À l'automne avec le président de mon club on regardait pour le soccer l'hiver et on avait avant autour de 190 joueurs d'inscrits au programme. Quand je suis arrivé au club, je lui ai dit que ça allait changer, qu'il devait se préparer. Lui il n'était pas trop confiant, pour lui c'était ça la réalité. Moi j'y aie mis toutes les heures possibles et cet hiver on a 530 joueurs.

Après il y a l'aspect hockey versus soccer, il y a beaucoup de jeunes qui laissent le hockey parce qu'ils aiment le soccer. Puis il faut travailler de la bonne façon, les jeunes ils sont là et ils te regardent aller, il ne sont pas stupides, ils savent si tu es en train de travailler correctement ou si tu fais seulement de la figuration. Après ça les parents dans le club ils sont contents, ils voient bien qu'on obtient des résultats. Mon président ne le croyait pas, j'ai fait six mois seulement et déjà les choses changent. C'est sûr qu'au niveau formation je ne peux pas prendre de crédit, ça prend plus de temps que ça pour laisser ta marque, mais je crois qu'on est sur la bonne voie. Maintenant je crois qu'il serait temps au Québec de changer des choses. Par exemple jusqu'à dix ans les jeunes s'ils veulent jouer à la fois au soccer et au hockey c'est correct, mais après ça il faut faire un choix. Parce qu’à ce moment-là ce n’est pas normal qu'un jeune durant l'hiver joue au hockey 3 à 4 par semaine, mais que tu aies de la misère a le faire jouer au soccer une fois par semaine. Moi si je veux vraiment former des joueurs l'hiver il faut qu'ils pratiquent peut être trois fois par semaine. Les jeunes au hockey ils sont sur la glace à 6h30 le matin. Au soccer quand on fait des pratiques à 8h00 le matin ils se plaignent. Je pense que la fédération devrait mettre ses conditions et laisser les jeunes choisir. Si tu fais ça au lieu d'avoir peut-être un million de joueurs au pays tu vas peut-être en avoir sept cent mille. Sauf que tu aurais au moins 600 000 joueurs qui sont vraiment dédies. Quand tu as des jeunes qui sont prêts à faire ça, tout est plus facile. C'est pour ça qu'en Amérique du Sud, par exemple, ils sont si bons. Là-bas à 9-10 ans ils s'entrainent déjà plusieurs fois par semaine.

L'autre chose c'est qu'ici on donne trop d'importance aux matchs. Ça ne doit pas être ça pour un jeune de jouer au soccer, il faut commencer par acquérir la base, le côté technique. Si tu ne fais pas ça, tu ne peux pas jouer au soccer à un bon niveau.

O S: L'an prochain la fédération va lancer sa ligue semi-pro, est ce que tu crois que ça peut marcher?

S G: Je pense que oui, si les clubs font ça comme il faut ça peut marcher. Dans mon club par exemple, il y a 1800 joueurs, si tu es capable d'augmenter le cout de ton inscription de 5 ou 10 dollars puis de donner avec ça un billet de saison pour ton club semi-pro tu commences chaque match avec 1800 billets vendus. C'est pas sûr que tout le monde va venir, mais s'il y a 1300 de ces jeunes qui viennent ils vont amener un parent, parce qu'ils ne peuvent pas venir tout seul. Les parents devront payer leur billet et même si c'est seulement 5 dollars ça peut commencer à être intéressant. Après ça il faut voir quel genre de produit tu vas avoir sur le terrain, il faut aussi penser à la publicité.

O S: Tu es dans un rôle de dirigeant pour le moment, mais est ce que tu aimerais te retrouver dans un club professionnel comme entraineur éventuellement?

S G: Oui, c'est sur. Mon agent Russe m'avait trouvé des choses a ce niveau en Europe pour cette saison, mais je lui aie dit que je n'étais pas prêt pour ça. J'étais sur de connaitre le soccer a 100%, mais je n’étais pas sur d'être capable de livrer mon message. Puis dans le dernier six mois j'ai beaucoup appris, c'est sûr que du côté de l'Europe je laisse la porte ouverte et j'aimerais y aller plus tard. Mais présentement je crois que je dois continuer de m'entrainer à être entraineur. Pour moi c'est comme quand j'étais joueur, j'ai commencé au niveau récréatif, puis au niveau compétitif, puis je suis allé dans le AAA. J'ai fait toutes les étapes. Comme entraineur je dois faire la même chose, on voit trop de joueurs professionnels qui pensent qu'ils peuvent faire le saut, mais jouer et entraîner ce n’est pas la même chose. Il faut suivre la bonne trajectoire et il faut apprendre avant de s'attaquer à un défi comme ça.

O S: Merci Sandro d'avoir pris le temps de répondre à mes questions, c'est très apprécié. Puis bonne chance dans ta nouvelle carrière.


S G: merci.

Photos courtoisie de Sandro Grande et d'Eric Chenoix
 
 
Avec la montée de l'Impact en MLS on assiste en quelque sorte à un nouveau départ. C'est dans cette optique que je crois qu'il est important de ne pas oublier que ce club à un passé et que j'ai décidé de vous présenter d'ici le début de la prochaine saison des entrevues avec quelques anciens du club. Pour continuer la série, j'ai échangé avec Sandro Grande.

Je sais bien ce que vous vous dites, je suis un peu hors du coup en parlant d'un ancien comme Sandro au moment ou l'Impact signe tout un paquet de joueurs. En même temps quand je vois des gars comme Brian Ching qui ne veut pas venir ici, et il n'est pas le seul, je me dis que ce que je fais est nécessaire. Il faut comprendre que l'Impact est un club qui a une histoire, avec ses hauts et ses bas, et que cette histoire date d'avant ces joueurs là. Notre histoire elle date même de plus loin que celle de la ligue. En tant que fan on ne doit pas l'oublier.

Sandro est un ancien milieu de terrain Québécois né en 1977. Il a commencé sa carrière pro avec un séjour d'un peu moins de dix ans en Italie avant de venir jouer à Montréal. Il a aidé l'équipe à gagner le championnat de 2004. Il en a aussi profité pour joindre l'équipe nationale du Canada. Par la suite il est allé jouer en Norvège puis est revenu à Montréal suite à des problèmes de genoux. Il a joué un grand rôle dans l'aventure du club en Ligue des Champions de la Concacaf. Suite à un incident avec Mauro Biello il a été remercié et est allé terminer sa carrière en Lituanie. Il est maintenant directeur technique du Club de Soccer les Étoiles de l'Est à Laval.

Optimum Soccer: Bonjour Sandro, avec la petite neige qui tombe ce matin je me demandais si avant qu'il y ait eu un Sandro au soccer, est-ce qu'il y a eu un Sandro sur patin qui jouait au hockey comme la majorité des jeunes québécois au début des années 80?

Sandro Grande: Non, non, jamais, mon sport ça a toujours été le soccer.

O S: Au moment où tu as commencé ta carrière en Italie il y a aussi eu un peu d'intérêt de l'Impact, est-ce que ça n'aurait pas été plus simple de rester ici?

S G: Non, ce n'était pas une option pour moi. Mon rêve c'était de jouer en Europe.

O S: Dans quel genre d'environnement est-ce que tu te retrouvais dans les divisions inférieures en Italie?

S G: Généralement c'est des bonnes conditions. En première division les stades sont bien plus gros qu'ici à Montréal, quand tu descends dans les autres divisions c'est sûr qu'il y a encore de beaux stades, mais il y en a aussi de moins beaux. Il y a beaucoup d'ambiance quand il y a le match le dimanche il y a beaucoup de gens dans les stades, c'est un peu une religion pour eux.

O S: Durant ton séjour là-bas tu t'es beaucoup promené, tu as changé d'équipe presque chaque saison, j'imagine que ce n'est pas évident d'évoluer en tant que joueur dans de telles conditions?

S G: Je crois que c'est le genre de chose qui aide à devenir plus mature. Ça te donne toujours de nouvelles expériences et de nouveaux défis. Pour avoir du succès, tu dois chaque année faire le travail que l'entraineur attend de toi et si tu es capable de bien faire c'est que tu t'adaptes bien à l'environnement autour de toi.

O S: En 2001 tu as signé un contrat avec un club de première division, Brescia. Comment est-ce que cette occasion s’est présentée?

S G:En 2000 j'étais avec Frosinone en 4e division, dès le début du championnat je jouais très bien. Après quelques matchs il y avait des rumeurs dans les journaux à mon sujet. Le président du club connaissait beaucoup de gens dans de gros clubs et en cours de saison il m'a confirmé que c'était vrai. Il y avait plusieurs équipes intéressées en plus de Brescia, il y avait aussi Udinese, Perugia, Ascoli, Pescara... Il m'a continué de jouer le mieux que je pouvais jusqu'en janvier et que j'aurais surement une bonne offre à ce moment-là. J'ai continué à bien jouer et je n'ai pas laissé toutes les rumeurs qui courraient m'affecter. Puis en janvier le club de Brescia a payé un bon montant pour mon transfert.

O S: Une fois là-bas tu n'as pas vraiment eu la chance de te faire valoir, tu as joué un seul match en Coupe Intertoto, comment ça s'est passé?

S G: C'était très agréable. Quand Brescia m'a acheté en janvier, je suis arrivé au club en même temps qu'Andrea Pirlo qui avait été prêté par l'Inter. Puis quand je suis allé à l'entrainement pour la première fois avec mon agent la première personne que j'ai rencontrée c'était Roberto Baggio. C'était mon idole depuis que j'étais tous petit, j'ai grandi en le regardant à la télé. Dans le vestiaire pas mal tout le monde était gentil, il n'y avait pas de "primadonna", pas de grosses têtes.

O S: En 2004 tu t'es joint à l'Impact, c'est toi qui as décidé de revenir au Canada ou bien si c'est le club qui t'avait contacté?

S G: J'avais eu un peu de difficulté en Italie avec le paiement de mon salaire avec certains des clubs avec qui j'avais joué, j'ai perdu autour de 100 000$. Puis en 2003-2004 je suis retourné en 4e division avec Albalonga et je jouais très bien, je travaillais fort, je ne pouvais pas croire que deux ans avant j'étais avec un club de première division. J'ai bien fait jusqu'en janvier et à ce moment-là l'équipe de 3e division qui était en première place voulait m'acheter. Je les aie rencontrés et ils m'ont dit qu'ils étaient vraiment intéressés. Je suis allé voir les dirigeants de mon club, et moi quand j'avais signé avec eux, quelques mois auparavant c'était entendu que si j'avais une offre en janvier il me laisserait partir. Malheureusement ce n'était pas dans mon contrat et avec Albalonga on était en 2e place et c'était la première fois que ce club faisait aussi bien puis ils ont refusé le transfert.

Après ça de janvier à mars je n'ai pas bien joué, j'étais frustré et dégouté. J'ai parlé avec mes parents et ma famille et j'ai décidé de revenir à la maison. Je quittais le soccer, j'avais dans la tête de finir ma carrière. J'avais en tête de rejoindre l'Impact et de profiter de la saison morte pour aller à l'université. Une fois revenu à Montréal et avoir joint l'Impact il y a eu un changement, je crois qu'être à la maison avec la famille dans les moments difficiles c'est une bonne chose. Puis ma forme est revenue, j'étais dans un bon état d'esprit et j'avais raté la date limite pour l'inscription à l'université à l'automne alors je me suis dit que je ferais ça pour janvier. C'est là que tout a changé. Avec Montréal j'avais vraiment bien fait on a gagné le championnat, je me suis retrouvé avec l'équipe nationale. J'ai joué un match au Costa Rica où il y avait des dépisteurs anglais qui m'ont remarqué. Alors je me suis dit que je laisserais faire l'université et que je tenterais ma chance à nouveau, mais dans un autre pays que l'Italie.

En novembre de cette année-là, je suis allé en Angleterre, j'ai fait un essai avec Ipswich Town. J'avais bien fait, mais le club ne cherchait pas un milieu dans mon genre, mais plus un ailier. Après ça je suis allé faire un essai en Norvège et j'ai bien aimé le pays. En 2005 je suis retourné avec l'Impact et j'ai aussi joué avec le Canada puis après la Gold Cup je suis retourné en Europe où j'ai signé avec le Viking en première division norvégienne.

O S: Quand tu es retourné en Europe, tu n'avais donc aucune intention de retourner en Italie?

S G: Non j'avais fait ce que je pouvais là bas. C'est sûr qu'aujourd'hui je te dirais que je veux y retourner, peut être pour entrainer une équipe là-bas. Pas tout de suite, mais un jour c'est sur que j'aimerais ça. Moi j'aime beaucoup l'Italie, c'est un pays que j'ai en moi. J’aime tout là bas, la vie, la bouffe, la mer, les montagnes, y'a tout pour bien vivre en Italie. Sauf qu’il y a toujours l'aspect monétaire, c'est toujours difficile d'y trouver un travail dans le soccer et d'être payé. Dans bien des pays comme la Grèce, l'Espagne ou le Portugal, ce sont de beaux pays, mais ce n'est pas le Canada ou l'Allemagne. Si quelqu'un te dit qu'il va te donner dix dollars ici, tu sais que tu vas avoir ton dix dollars alors que là-bas tu vas en avoir quatre. Puis le gouvernement n'est pas là pour aider les gens. Il y a un peu trop de corruption.

En 2004 avec l'Impact vous avez remporté le championnat qu'est ce qu'il y avait de spécial avec cette équipe là?

S G: Moi je pense que c'était l'esprit d'équipe. On était quatorze ou quinze joueurs originaires de Montréal. Depuis ce temps-là ça a changé, et les gens le voient. Cet été on l'a bien vu, les gens aussi l'ont bien vu et les gens vont moins au stade que les saisons avant. Il me semble qu'on voyait toujours des bancs vides cet été et on nous sortait toujours une excuse, la pluie, le vent, le froid... Dans le passé il n'y avait pas d'excuse, entre 2004 et 2007 il y avait toujours une dizaine de joueurs qui venait de Montréal et ça créait un lien entre les partisans et le club. Je suis bien d'accord que tu dois amener des joueurs de l'extérieur, mais il doit être mieux que le joueur que tu as ici à Montréal. Ce n’est pas ça qui se passe avec l'Impact, en Italie si je n'étais pas capable d'être meilleur qu'un Italien ils ne me prenaient pas.

Si on regarde cette année à Edmonton ils avaient une bonne de dizaines de joueurs qu'on n’avait pas vraiment vus nulle part, c'était leur première année professionnelle et ils ont quand même bien fait. En 2004 c'tait vraiment un esprit d'équipe exceptionnel, si on sortait dans une discothèque c'était tout le club qui sortait ensemble. Quand on avait un match le week-end, le mercredi ou le jeudi avant on sortait tous ensemble. Après on s'entrainait et on se reposait puis sur le terrain on jouait ensemble, on était a se donner sur le terrain l'un pour l'autre. Depuis ce temps-là ça a beaucoup changé et on voit ce que ça donne sur le terrain. Pour moi c'est triste parce que c'est un club qui est toujours dans mon coeur et de voir comment on est traité les gens de Montréal c'est un peu triste.

O S: Quand tu as été appelé en équipe nationale la première fois est-ce que ça t'a pris par surprise ou bien si tu t'y attendais un peu?

S G: Ce n'était pas totalement une surprise, la première fois on m'a appelé pour remplacer un blessé si je me souviens bien. On s'en allait au Costa Rica et j'y suis allé avec eux et j'ai été surpris quand après l'entrainement l'entraineur m'a dit que je jouerais comme partant. J'avais des papillons dans l'estomac, mais malgré tout ça avait bien été et j'ai bien aimé l'expérience. Après le match je me suis dit "regarde, ça c'est ta place, ta place ce n’est pas d'aller étudier, ta place c'est sur le terrain de soccer parce que tu es capable"

O S: Après ça en 2005 tu as été rappelé en Équipe nationale pour la Gold Cup avec plusieurs de tes coéquipiers, on ne voit pas ça souvent ici, j'imagine que ça a dû être agréable et que ça devait faire une ambiance spéciale dans le vestiaire?

S G: Oui, c'est certain que c'était bien, en plus de moi il y avait  Greg Sutton, Adam Braz, Gabriel Gervais, Ali Gerba, et Patrick Leduc. En plus de ça il y avait Patrice Bernier et Olivier Occéan qui étaient aussi originaires de Montréal. Dans le passé il y avait rarement des gars originaires du Québec en Équipe nationale, alors que depuis ce temps-là ça a changé. Cet automne il y a eu Patrice et Olivier en plus d'André Hainault et Jonthan Beaulieu Bourgeault avec le Canada. C'est bien de voir que les joueurs du Québec peuvent prendre leur place. En 2005 l'impact devait être fier de voir 6 de ses joueurs sélectionnés. Présentement il n'y a pas de joueurs de l'Impact qui sont appelés et il faut se poser des questions. Il ne faut pas non plus penser seulement à l'Impact, il faut penser pour tout le pays, l'Impact c'est mon club, mais le Canada c'est mon pays. Un club doit développer des joueurs locaux pour être représenté en Équipe nationale.

O S: Quand tu es allé en Norvège en 2005 il y avait déjà pas mal de joueurs canadiens dans ce pays, pourquoi la Norvège, est-ce que c'est parce que le style de jeu ici s'adapte bien avec le soccer qui se joue là bas?

S G: Pour moi c'était l'inverse, ce n’était pas mon style. Sauf que dans les plus petits pays comme ça ce n’est pas comme ici, en Amérique du Nord il y a la MLS et ils font beaucoup de dépistages en NCAA. En Europe il y a tout qui est proche, en deux heures d'avion les dépisteurs de l'AC Milan peuvent être là, les dépisteurs de Manchester United peuvent être à ton stade. Tous les pays sont proches l'un de l'autre et c'est ça la clé. Des fois quand je repense a ma carrière je me dis que c'était bien 'aller en Italie et que j'ai été chanceux d'avoir une chance avec un club de première division, mais peut être que c'était un niveau un peu trop haut a ce moment-là. Si j'avais été en Norvège ou même en Lituanie où j'étais l'an passé ça serait dix fois mieux. Je regarde ma saison de l'an passé, j'étais vraiment en forme et j'ai peut être eu la meilleure saison de ma carrière et je me disais que c'est drôle qu'a 32 ans je me retrouve dans le pays ou j'aurais du aller à 22 ans. Si j'avais fait ça, je me serais retrouvé avec un gros club qui aurait pu jouer en Europa League peut-être, en plus ça allait très bien avec mon style de jeu.


La suite demain...