Optimum Soccer: Bonjour Patrick, avec l'Impact qui a terminé sa saison ça fait maintenant un an que tu as quitté les terrains de soccer, est-ce que tu regrettes cette décision?
Patrick Leduc: pas vraiment, c'est sur qu'au début mon choix c'était de poursuivre une autre année. Je voyais la possibilité de jouer comme défenseur central, je croyais que j'aurais pu être utile à l'équipe dans ce poste là. Ça m'avait redonné le goût de jouer que j'avais perdu un peu durant la saison 2010. Ça fait que quand on m'a annoncé que je ne faisais plus partie des plans c'était une déception.
J'ai rapidement tourné la page et même après le mauvais début de saison en 2011 je n'ai jamais été tenté par un retour. En plus j'étais encore en convalescence, je ne suis toujours pas à 100% avec mon genou. Ça a aidé à ne pas avoir de regrets.
OS: Est-ce que tu avais eu des contacts avec d'autres clubs?
PL: Non, au début j'ai songé à ça. Mais j'ai rapidement conclu que ça ne m'intéressait pas. Puis plus tard dans une carrière quand tu as une famille et que tu es établi c'est plus complexe. En plus il y avait une opportunité intéressante qui se dessinait dans les médias et j'ai décidé de me lancer de ce côté là.
OS: Quand tu avais l'âge des joueurs que tu coaches présentement est-ce que tu avais déjà l'intention de faire carrière dans le soccer?
PL: Oui, ça a été un rêve de faire cette carrière-là, mais ça n'a pas été concret avant l'âge de seize ans, au moment où j'ai fait l'équipe du Québec U17. C'est aussi suite à la création de l'Impact que c'est devenu plus réalisable. Ça nous a donné une option proche de chez nous. C'est à ce moment-là que je me suis dit que c'était possible. Avant ça je me disais qu'un jour je pourrais jouer en Europe, mais je ne comprenais pas tout ce que ça impliquait.
OS: Un peu après tu es allé jouer dans une université américaine, j'imagine qu'à cette époque-là c'était un passage obligé?
PL: Oui et non, oui parce que j'ai eu une offre et c'était pas mal toujours ce qui était suggéré dans le AAA, mais non parce qu'il y avait des jeunes qui avaient fait les équipes du Québec qui avait fait le saut directement avec les pros soit au soccer intérieur, soit à l'étranger. Comme je n'avais pas été remarqué par l'Impact j'ai pris cette option-là qui était pour moi un plan B. En même temps ça me donnait une belle opportunité de continuer à étudier parce qu'à ce moment-là je n’étais pas certain de devenir professionnel un jour.
OP: À la fin de tes études comment est arrivée l'opportunité de joindre l'Impact?
PL: Les circonstances ont joué en ma faveur puisqu'à ce moment-là l'entraîneur était Zoran Jankovic et j'avais déjà joué pour lui plus jeune. En plus un des dirigeants du club était Tony Incollingo et j'avais longtemps joué contre son fils, il me connaissait bien. Le club m'avait repêché et suite à quelques discussions on m'a fait savoir qu'il y avait une place pour moi dans le club.
Entre temps j'ai participé à un camp d'essai avec les RoughRiders de Long Island et ils m'ont fait une offre. En même temps j'ai reçu une offre de l'Impact et j'ai choisi de revenir à la maison.
OS: Tu es une denrée rare dans le soccer professionnel ayant fait toute ta carrière dans un seul club, est-ce qu'à un moment donné tu as pensé tenter ta chance ailleurs?
PL: j'y ai pensé, j'aurais pu tenter d'aller faire des essais ailleurs en fin de saison. En même temps j'ai rapidement dû concilier deux carrières étant donné que j'étais entraineur au sport étude. Jouer à l'extérieur aurait surement été plus payant à court terme, mais en voyant des gars comme Patrice Bernier et Sandro Grande, ils se sont donné du temps pour réussir et ils ont fait des sacrifices pour que ça fonctionne. De mon côté je me disais que je n’étais pas prêt à faire ça.
En plus avec l'Impact la saison s'allongeait et les conditions salariales s'amélioraient. J'y ai pensé de suivre le même chemin, mais finalement j'ai laissé faire.
OS: Aujourd'hui tu t'occupes de jeunes joueurs, selon toi est-ce qu'il y a autant de talent en 2011 qu'en 1995?
PL: je pense que ça n'a pas changé, il y a autant de talent. Par contre je crois qu'il y a plus de joueurs moyens. Sans rien leur enlever, je pense qu'un joueur de niveau AAA c'est un joueur moyen à bon. Il y a plus de programmes de développement dans les clubs et dans les régions, il y a aussi la réforme des compétitions qui fait que plus de joueurs peuvent se développer et atteindre le niveau AAA. Par contre je ne crois pas qu'il y ait plus de joueurs élite qui peuvent vraiment devenir professionnel. Selon moi c'est dû principalement au manque de compétition de haut niveau pour les jeunes de 15 à 17 ans. Ces joueurs-là ne sont pas vraiment challengés, ils ne se retrouvent pas en position de devoir se forcer à élever leur niveau et à prendre de bonnes habitudes. C'est pour ça qu'on stagne.
Je pense aussi que notre équipe nationale bénéficierait de voir nos adolescents jouer à un plus haut niveau pour les 15 ans et plus. Ça permettrait de mettre les meilleurs dans des classes supérieures, ils pourraient ainsi prendre l'habitude de se dépasser, ce qui faciliterait leur intégration dans les rangs professionnels. C'est vraiment selon moi qu'il y a un manque.
OS: Est-ce que tu penses que le fait que l'Impact ait créé son Académie peut aider dans ce sens-là?
PL: Oui, en partie. C'est sûr qu'il y a de belles infrastructures et il y a de bons entraineurs. Sauf que comme entraineur je pense que tout le monde va te dire la même chose, on peut montrer bien des choses aux jeunes, mais si on n'a pas un bon niveau de compétition où on peut les mettre à l'épreuve et où on pratique ce qu'on a appris l'apprentissage devient très laborieux et moins rapide. Le joueur est beaucoup plus à l'écoute quand il sait que ce qu'on essaie de lui montrer va lui être utile. De cette façon le joueur se rend compte lui même que s'il ne met en pas en pratique ce qu'on lui montre il ne peut pas se démarquer. En ce moment, de manière générale, un bon joueur qui joue dans sa classe d'âge peut très bien jouer à 50% de ses capacités réelles et s'en tirer sans trop de problèmes. Ce n’est pas comme ça qu'on va améliorer le calibre de nos joueurs.
OS: Est-ce que tu crois que la fédération qui va inaugurer l'an prochain sa nouvelle ligue semi-pro ça va aider un peu?
PL: Oui, ça aussi c'est un pas dans la bonne direction. Ce qui serait souhaitable ça serait que cette ligue la soit solide et viable afin qu'elle dure pour le plus longtemps possible. Il faut vraiment que cette ligue-là devienne un débouché pour nos meilleurs joueurs. En même temps il ne faut pas se faire d'illusions et croire que les jeunes vont rêver d'y jouer. Ils vont continuer de rêver de jouer en Europe ou en MLS, mais si ça ne fonctionne pas ils vont avoir l'option de jouer dans une ligue inférieure. Il faut qu'il soit là cet échelon inférieur et tant mieux si un jour des jeunes peuvent rêver de jouer pour Brossard ou Blainville. Ce n’est pas pour dénigrer la ligue, mais il faut comprendre que ça doit être en plus de tout ça une ligue de développement.
OS: Les jeunes que tu côtoies aujourd'hui est-ce qu'ils envisagent de jouer dans les universités américaines?
PL: Je pense que oui, je crois que c'est encore assez attrayant pour les jeunes qui veulent jouer à un bon niveau et comme en plus ça donne l'opportunité d'étudier ça reste pertinent surtout si on reçoit une bourse. Par contre il ne faut pas se cacher qu'il y a aussi des problèmes là-bas. La saison est très courte et on ne développe pas les joueurs autant qu'on le devrait. Il reste que je vois mal les Américains abandonner ce système, ils vont plus tenter de l'améliorer. Ceci dit je crois que la ligue universitaire du Québec s'est de son côté beaucoup améliorée, l'idée de continuer avec une saison intérieure est excellente. Mais ce qu'il faut surtout faire c'est trouver un moyen de concilier ça avec la ligue élite, il faut trouver un moyen de collaborer plutôt que de compétitionner. Il reste que je crois qu'un jeune de cet âge-là a aujourd'hui un peu plus d'options que dans mon temps, c'est plus intéressant maintenant d'aller à l'université Laval ou à l'UQAM ou ailleurs que ce l'était et ça devient moins nécessaire d'aller aux États-Unis pour concilier le soccer et les études.
OS: Puis maintenant avec l'Impact qui monte en MLS tu ne crois pas qu'il va manquer un niveau dans la pyramide du soccer au Québec?
PL: oui, c'est sur qu'entre l'équipe en CSL et la MLS il y a un écart important. Mais c'est probablement la réalité de la plupart des clubs de la MLS. C'est certain que ça serait intéressant si l'Impact pouvait s'affilier en quelque sorte avec la future équipe à Ottawa. Ça permettrait à des joueurs de garder un bon niveau. Si on prend le cas de Ryan Pore ou de Miguel Montano, ils n’ont pas été jugés suffisamment bons pour jouer en MLS cette année, mais ils ont vraiment aidé l'Impact. Ça n'aurait pas été bon pour eux de ne pas jouer cette saison. Ça leur a donné la chance de se mettre en valeur, ça a pu leur donner l'occasion de se mettre en valeur et de peut-être attirer l'attention d'un autre club. Alors oui ça risque d'être difficile et il va manquer un échelon, mais l'Impact devra faire avec.
OS: D'après toi, pour l'Impact, est-ce que les joueurs locaux c'est aussi important qu'on le dit?
PL: Je pense que oui, c'est pas juste pour attirer quelques spectateurs. Ça doit faire partie des valeurs du club de développer des joueurs d'ici, de donner l'envie aux jeunes d'ici de joindre le club. Je crois que le club a prouvé que les gens d'ici on ne les fait pas jouer seulement par charité, on a développé des joueurs qui ont excellé et qui sont allés chercher des titres.
Maintenant la MLS c'est une nouvelle ligue pour nous, un niveau plus élevé, en plus on est très critique avec les joueurs locaux et on est moins patients alors il faut faire attention. Au bout du compte je crois qu' il faut aller chercher des joueurs locaux qui ont le niveau parce que quand on a des joueurs au club qui ne partagent pas sa vision et sa culture ça ne fonctionne pas, L'intégration se fait plus difficilement. C'est probablement une des grandes raisons qui font que l'Impact a eu une saison difficile.
OS: Merci Patrick d'avoir pris le temps de répondre a mes questions.
PL: De rien, ça fait plaisir.
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